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Luc Kouade
Géographe de formation, le numérique est l'âme de mon génie. Quand il est question de développement et de progrès collectif, je ne ménage aucun effort pour me montrer disponible. Le blog pour moi, est une réelle passion que je fais vivre entre temps libre et activités scientifiques. Bonne lecture à vous. Amicalement

Ces dernières semaines en Côte d’Ivoire, la saison pluvieuse a produit bien de catastrophes dans le milieu urbain. Les pluies tant attendues des populations agricoles lors des périodes sèches d’octobre 2017 à mars 2018, ont trait, dans le milieu urbain à un monstre diluvien qui sème sur son passage désolation et inondation.

A qui la faute? Quelles raisons sont-elles susceptibles d’expliquer ce phénomène? Que faire pour pallier ces catastrophes? Pas à pas, chacune de ces préoccupations trouvera une réponse. Suivez-moi!

Les catastrophes, à qui la faute?

A qui imputer les catastrophes liées aux pluies diluviennes? A priori on pourrait répondre à la nature ou du moins à la pluie. Mais à mon avis, rien n’est plus loin de la vérité.

Pour situer les responsabilités il faut regarder aux volumes passés des pluies en Côte d’Ivoire et mener une comparaison de ce que revêt l’analyse de la pluviométrie en 2018. Disons que de l’an 2000 à aujourd’hui, les précipitations se sont accrues à un rythme effroyable, notamment en zone forestière.

On est passé de la moyenne des 45 mm de pluie à 90 mm de pluie aujourd’hui en 2018. Soit deux fois le volume en moins de 20 ans. Ce n’est là qu’une raison. Elle même trouvant sa causalité dans le changement climatique, conséquence de l’émission massive des gaz à effet de serre issues des industries des pays développés et en développement de la planète.

Lire aussi: Qui sont les pires pollueurs de la planète?

Mais, nous parlons des catastrophes. On ne saurait en cette ère dominée par le progrès des techniques humaines admettre lâchement un déterminisme naturel sans que les hommes n’aient à une quelconque mesure la possibilité de se dérober à la fatalité.

En Côte d’Ivoire, et plus précisément dans la capitale économique Abidjan, on peut carrément imputer les catastrophes des pluies à l’inadaptation du schéma directeur d’urbanisme. Ce schéma tant chéri des politiques passées est caduc et requiert l’urgence de sa restructuration.

IvoireIntellect-plan d'urbanisme Abidjan
Le plan directeur d’urbanisme d’Abidjan réalisée avec les données de l’an 2000.

Merci de voir la carte actualisée du plan d’urbanisme ici

En 2016, le gouvernement faisait l’annonce d’un nouveau plan directeur de la ville, qui prévoyait son expansion à 6 communes des environs. De grands travaux ont été exécutés dans cette veine. Mais une question reste à poser.

La variabilité climatique a t-elle vraiment trôner lors de l’élaboration du plan de restructuration du « Grand Abidjan »? Laissons la question posée!

Lire aussi: Le nouveau schéma directeur d’urbanisme du Grand Abidjan étendu à 6 communes périphérique  

Les raisons des catastrophes liées aux pluies diluviennes

Les pluies comme on peut le qualifier ont dernièrement les attributs d’un déluge. Il en va ainsi et la société (politiques publiques et populations) devrait plutôt trouver les moyens de pallier ses effets que de renforcer l’armure dans laquelle elle frappe. Laquelle finira d’ailleurs par céder.

Les politiques publiques, sinon à une échelle raisonnable, les municipalités, se sont faites complices du désordre urbain. Désordre qui se traduit par les installations anarchiques des commerces, le lotissement sans règles urbanistiques véritables et l’installation des habitations de fortune à proximité et dans les zones réputées non habitables.

IvoireIntellect-pluies-Caniveau bouché-Abidjan
Caniveau bouché-Abidjan
IvoireIntellect-pluies-Maison bâtie anarchiquement-Abidjan
Maison bâtie anarchiquement-Abidjan
IvoireIntellect-pluies-Construction sur caniveaux
Maison bâtie sur un caniveau

Plus d’infos… https://bit.ly/2HgiuWI / https://bit.ly/2HiRlCz / https://bit.ly/2JaAPub

Les conséquences sont connues. Lors des périodes de crues pluviométriques, les canaux d’évacuation (déjà inadaptés) encombrés par les commerces et les déchets (plastiques dans la plupart des cas) sont en incapacité de contenir le flux des précipitations.

L’eau se créé de nouvelles voies et bonjour les inondations; bonjour l’érosion; bonjour les dégradations de chaussées.

Il en est de même pour les superficies non viabilisées qui s’arrachent aux portes des mairies comme de petits pains. Un bulldozer pour le tracé orthogonal; des briques pour borner, le tout approuvé par une chefferie villageoise et les nouveaux fronts d’urbanisation prolifèrent dans la capitale.

Sinon, comment expliquer que des îlots consacrées aux normes urbanistiques, bâtis par la suite selon les règles de construction dictées par le Laboratoire du bâtiment et des travaux publics (LBTP), soient à la moindre goutte de pluie, le lieu certifié des inondations? Qu’on ne me parle pas de déterminisme svp!

Il faut y voir non seulement la complicité des services compétents, mais surtout l’incivisme caractéristique d’au moins 2/3 des propriétaires d’habitations à Abidjan. Comme pour dire que le suivi des voies indiquées n’est pas vraiment l’apanage des ivoiriens. Je n’exagère rien.

Pour parler des constructions de fortune qui en dépit des opérations de déguerpissement trouvent toujours le lieu de proliférer, il faut se référer d’une part à la souplesse du dispositif de restructuration urbaine. D’autre part, une réalité sociale qui impose aux populations le choix de la capitale Abidjan comme l’eldorado ivoirien est à montrer du doigt.

Là dessus, les politiques de décentralisation sont à toucher. On en reviendra dans un autre billet. 

Que faire?

Oui que faire? Il ne suffit pas juste de lancer des pierres, situer les responsabilités selon nos analyses et attendre que le problème trouve tout seul une issue. Au regard de ce qui a été dit, qu’y a t-il à entreprendre? Pour ma part une trilogie de réformes essentielles.

  • Mettre les citadins au centre des décisions d’urbanisation

Avant tout il faut s’engager à réformer le plan directeur d’urbanisme de la capitale. Non sans intégrer les populations à l’élaboration de ce nouveau schéma. La prise de décision des initiatives de restructuration doit associer les premières victimes des pluies diluviennes, à savoir: les populations.

Un cadre de concertation conforme aux exigences de l’innovation publique, qui placera au cœur des réflexions la volonté des populations citadines. Car trop souvent, elles ont été spectatrices des décisions de politique urbaine quant les déboires desdites politiques les affectaient premièrement.

  • Restructurer profondément le système de lotissement et de construction en ville

Depuis 2000, on observe en Côte d’Ivoire un foisonnement d’acteurs dans les procédures de lotissement des milieux urbains, et quelques fois même en milieu rural.

Des préfectures au mairies, en passant par les conseils généraux (aujourd’hui inexistant) et le ministère de la construction, on ne sait au juste à qui est dévolue la responsabilité de lotir et de distribuer les parcelles à usage de construction.

Il faut déjà que les responsabilités soient situées au vu et au su de tous, afin que les parts des initiatives du développement urbain soient équitablement distribuées entre les institutions. De la sorte, au moindre dysfonctionnement du dispositif urbain, l’entité de tutelle fera face à ses responsabilités.

Egalement, prévoir l’institution d’une police urbaine pour traquer et sanctionner à la mesure du dispositif légal, les atteintes aux normes de construction en ville. Initier en marge des principes fondateurs des entités décentralisées, un organisme de contrôle de la politique urbaine des collectivités, notamment les mairies.

  • Développer une politique environnementale prospective

En Côte d’Ivoire, les exemples sont devenus légion, de l’atteinte à l’environnement qui au fil du temps et au gré de l’inaction, fini par entamer le tissu environnemental et le bien être de tous. Que premièrement, les sanctions pénales (applicables et appliquées) soient au cœur de la politique de régulation environnementale.

Il faudra certainement fuir les pesanteurs africaines, dont le poids acharné sur les politiques de gestion donne lieu à une coutume de tolérance répétée, d’impunité, et donc de désordre et d’incivisme environnemental.

Superviser et encadrer la conception des plans de construction des nouveaux fronts d’urbanisation rendra énormément service. Car trop souvent, les atteintes les plus répétées à la qualité de l’air et les inondations intempestives proviennent de ces zones bâties à la hâte et au gré de la forte demande de logement.

Faire déguerpir des zones dangereuses leurs résidents, et modeler l’espace pour le rendre moins à risque, au profit des populations voisines. Dans cette logique, établir un contrôle sur le coût de location des habitations parait logique hein.

Merci de votre attention. Pour toutes impressions, merci de laisser un commentaire.