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Luc Kouade
Géographe de formation, le numérique est l'âme de mon génie. Quand il est question de développement et de progrès collectif, je ne ménage aucun effort pour me montrer disponible. Le blog pour moi, est une réelle passion que je fais vivre entre temps libre et activités scientifiques. Bonne lecture à vous. Amicalement

Les distorsions liées aux inégalités d’accès des populations d’un territoire aux ressources technologiques et informationnelles de la société de l’information, dites fracture numérique, représentent en cette ère digitale, un problème majeur de développement en Côte d’Ivoire.

Un passé de fractures…

Déjà, il faut noter que l’analyse des disparités économiques et sociales depuis les premières décennies d’indépendance laisse entrevoir une tendance disproportionnée des efforts d’aménagement et de développement en Côte d’Ivoire. Il en résulte qu’Abidjan, capitale économique du pays, engloutit à elle seule l’essentiel du poids économique national : plus de 70 % des entreprises installées en Côte d’Ivoire ; environ 65 % du patrimoine infrastructurel national (routes, édifices publics, électrification, etc.) ; 90 % des flux économiques de marchandises, etc.

D’après les données du recensement de 2014, 20 % de la population totale de Côte d’Ivoire réside en Abidjan.

Aujourd’hui, avec le contexte particulier d’inclusion — dans les routines de l’activité économique et sociale — des outils de communication virtuelle et ceux du traitement automatique de l’information, l’aménagement numérique en Côte d’Ivoire donne toujours une priorité à Abidjan.

En 2016, la ville engrangeait plus de 50 % de l’infrastructure de télécommunications (selon l’UIT, 2016) du pays et la totalité des directions générales des trois sociétés de télécommunication accréditées. Joint à cela, la centralisation dans la même ville des succursales de multinationales du numérique et de l’informatique.

Comme pour dire que les distorsions économiques, sociales et d’aménagement, apparemment l’apanage des politiques de gestion en Côte d’Ivoire, affectent également l’écosystème numérique. Et cela n’est évidemment pas sans conséquences.

Mark Zuckerberg, d’une opinion optimiste, conçoit pour sa part l’Afrique comme un continent de prédilection pour le futur du numérique. Et à voir cela d’un certain angle, il n’a pas totalement tort si l’on se réfère aux appréhensions classiques de ceux que le Pr Loukou Alain François décrit comme les « optimistes de la fracture numérique ».

>>> Lire aussi : Fracture numérique et développement : le cas de la Côte d’Ivoire

Toutefois, le développement de ce secteur à fort potentiel de croissance ne saurait reposer uniquement sur la foi de ces adeptes pour aspirer jouir de beaux jours. Il lui faut inéluctablement transiter par des stades de maturation, qui ne surviennent pas par enchantement.

En Côte d’Ivoire, comme partout en Afrique de l’Ouest, l’impact du mobile, sinon son degré d’inclusion dans les activités économiques ou les habitudes sociales n’est plus à congratuler. On retiendra de son adoption par les populations ivoiriennes un taux de pénétration de 122 % (UIT, 2016).

L’internet encore balbutiant n’a conquis de son côté qu’une infime proportion de la population ivoirienne (22 %, Jumia CI, 2016) limitée pour l’essentiel à celle des villes. Par ailleurs, le poids de cette infrastructure (internet) dans l’économie nationale (à en croire l’indice GDP de 2012) ne s’élève qu’à hauteur de 1,3 % contre 3,7 % pour les pays ayant tâté son efficacité.

On en retiendra en guise de répercussions sur les initiatives innovantes, une aubaine consacrée au mobile. Les opportunités sur le web pour leur part sont soumises aux effets de la fracture numérique. Lesquels, imposent des distorsions d’accès (à internet) entre la capitale économique Abidjan et les autres villes de la Côte d’Ivoire.

Les possibilités offertes par le mobile

Téléphones portables
Téléphones portables, Crédit photo: Pixabay

Les opportunités liées au mobile se perçoivent en Côte d’Ivoire par les flux d’échanges entre les localités (rurales et/ou urbaines) ; les possibilités informationnelles et de formation (alphabétisation, infos d’actualité via SMS ou radio, cours des matières premières agricoles, information sanitaire, etc.) ainsi que les services de paiement mobile.

Ces possibilités qu’offre le mobile ouvrent une gamme plus large d’offres et de services, mais leurs définitions et orientations dépendent cependant de qui l’utilise et surtout à quelles fins. Pour vendre ? Acheter ? Communiquer ? Ou même prospecter ?

Une chose est certaine, pour toutes les conditions évoquées ci-dessus, le mobile a su faire montre d’efficacité en Côte d’Ivoire.

Que faut-il retenir du cas de l’internet ?

L’internet, tout comme le mobile et peut-être plus que le mobile, attise l’engouement des populations ivoiriennes. A la différence que l’internet est plus une affaire de ville et de moyens (économiques, infrastructurels et d’aménagement) que le mobile. En Côte d’Ivoire, le web 2.0 qui a fait irruption ces dernières années dans la galaxie numérique retient tout comme dans le reste du monde connecté le plus grand nombre d’internautes.

Mais cette attractivité est soumise aux effets d’une fracture numérique qui trouve ses origines dans la faiblesse des politiques publiques d’aménagement numérique ; la faible maîtrise des technologies de l’information et de la communication ; l’incompréhension des opportunités recelant de la dématérialisation et dans une certaine mesure l’ambition hégémonique des gouvernements (ivoirien et africains) de contrôler les canaux numériques de diffusion de l’information.

En somme

Retenons de la fracture numérique, due principalement en Côte d’Ivoire à des disparités d’aménagement et des intérêts géopolitiques (interdisant la démocratisation du secteur numérique), qu’elle a érigé une barrière d’aliénation de l’écosystème numérique.

Depuis plus de quinze années, le numérique et ses fantastiques attributs ont sonné aux portes de la Côte d’Ivoire. Si le mobile, ces dernières années a connu une montée fulgurante, l’internet n’en est encore qu’à un stade débutant mais pas négligeable.

Les attentes, certes, sont pour l’heure insatisfaites. Mais l’initiative privée à ce jour bat son plein et le développement numérique tend à être tributaire d’une logique entrepreneuriale dynamique circonscrite aux villes de Côte d’Ivoire.

 

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