Nostalgie d’une ville chargée d’histoire

Quelques décennies plutôt, Bouaké ville secondaire du fabuleux archipel ivoirien était couverte d’un blason dont on pouvait clamer la renommée culturelle au monde. Mais, pendant pratiquement une décennie entière celle-ci a souffert de tensions socio-politiques qui ont amèrement participé à faire décroître son prestige d’alors.

Des foires commerciales, aux festivals carnavalesques en passant par les multiples manifs culturelles…, et bien la liste des événements dont on ne garde que des souvenirs et qui  offraient à la ville son aura enchanteur est exhaustive.

A présent, elle n’est plus qu’une ruine de désolation et vestige d’une rébellion qui n’y a laissé qu’un principe déshumanisant : la loi du plus fort.

Loi à retombée délétère de laquelle, ceux de la race humaine épris d’animosité tirent pour une part considérable, l’essentiel des moyens de leur subsistance et qui constitue sans conteste le socle d’une hégémonie imbue de violence.

Bienvenu dans le  Bouaké nouveau!

Comme dirait une célèbre citation : « Les mauvaises habitudes corrompent les bonnes mœurs ». Plus que jamais, la jeunesse de cette ville, est en proie à cette règle qui semble-t-il représente un principe fondateur de son gagne-pain. Bienvenu à Bouaké !!!

Ici à Bouaké, le climat sécuritaire sans hyperbolisme, est inquiétant et particulièrement dangereux. Emprunter une ruelle inconnue même en plein jour est une erreur à ne jamais commettre, à plus forte raison se fier à une personne que vous rencontrez à peine.

Ces derniers jours, une tendance d’agressions et de vols répétés, perpétrés par des individus à moto fait progressivement parler d’elle et laisse très souvent ses victimes dans l’agonie de blessures à l’arme blanche. D’où sortent donc ces personnes mal intentionnées et quels sont leurs modes opératoires ?

Les origines du problème

Le contexte de la crise militaro-politique de 2002 avait plongé la ville dans un chaos à la fois infra structurel et économique, du moins pour ce qui concerne les personnes sans armes et a obligé plusieurs d’entre elles à migrer vers les zones sud de Bouaké.

Cependant, l’inexistence de cadres fiscaux et la porosité des frontières aux extrémités nord et ouest du pays, occupées alors par les forces rebelles, a fini par accoucher d’une récurrence de trafics de tout genre, en particulier celui des appareils électroménagers et des motos (connues sous les appellations X1 et Apsonic).

Ce faisant, l’activité des taxis s’est vue freinée en raison du « no man’s land » que représentait la ville et éventuellement du risque qu’encouraient les véhicules d’être pris de force par les hommes forts du temps en occurrence les rebelles insurgés contre le pouvoir du président Laurent Gbagbo.

Image de la rébellion en 2002 à Bouaké

Face à cette situation qui évidemment constituait un frein à la mobilité, de nouveaux acteurs ont fait leur apparition en la personne des taxis-moto qui n’étaient autre que des rebelles, des jeunes gens déscolarisés du fait de la crise, des adeptes de petits métiers en incapacité d’exercice…

En ces débuts, l’activité s’est avérée particulièrement lucrative et la bienvenue pour pallier aux soucis de mobilité. Au fil du temps et avec le contexte après guerre de l’unification des régions, ce problème de développement n’est plus qu’archive de la crise quand bien même le phénomène des taxi-moto subsiste à toujours en s’accordant des prétentions criminelles.

Ces derniers mois, une pile de plaintes reçues au sein des cinq (05) commissariats de la ville a témoigné d’une tendance criminelle nouvelle, à savoir des vols et agressions orchestrés par des taxis-moto sur des clients et quelques fois à l’endroit de simples passants.

Modes opératoires

Aux heures avancées de la nuit et souvent même en plein jour, deux acolytes circulant à moto, munis d’armes blanches, d’un procédé insolite agressent des passants et emportent argent, bijoux, téléphones portables…

Ou encore, lorsque vous sollicitez les services d’un taxi-moto, un détour lors de votre voyage peut vous couter des biens et au pis des cas la vie.

« Mon coup de gueule »

Sans se voiler la face, ce phénomène est une des nombreuses conséquences de la crise qui même disparue laisse traîner encore des germes de violence et particulièrement de frustrations dans le camp de ceux que l’on nomme exclusivement « les démobilisés ».

Ces ex-soldats de la rébellion qui à la différence de certains de leurs camarades éprouvent énormément de difficultés à se réinsérer dans le tissu social que confère l’absence de crise créent donc à travers ce penchant au crime les conditions de leurs subsistance.

Si donc leurs revendications quant au paiement de primes de guerre par le gouvernement ivoirien peinent à trouver une issue favorable, nos démobilisés trouvent coûte que coûte les moyens de leur pitance quitte à opprimer les bonnes mœurs.

Cependant les faits ne sont pas qu’imputables à ceux-ci, car en matière de crime, croyez-le, il y a plus qu’un acteur et si l’on admet que le crime n’est jamais parfait, alors les mains du marionnettiste qui agite ses pantins finira par être vu.

Avant tout, prenez garde à là où vous marchez quand vous êtes à Bouaké ! A bon entendeur, Prudence !